Découvrez la légende des Deux Rives

Les rives et la vallée du Bou Regreg forment le berceau historique dans lequel sont nées Salé et Rabat, tantôt jumelles, tantôt concurrentes, au gré des époques. 

Le fleuve est à la fois source de crainte, en tant que voie de pénétration pour l’ennemi, et d’espérance, comme rampe de conquête ou de commerce sur l’océan.

De part et d’autre, murailles et bastions viennent protéger les villes naissantes d’éventuelles invasions. Le fleuve marque aussi la frontière bien ténue entre Salé-l’Ancienne, la pieuse et Salé-la-Nouvelle (aujourd’hui Rabat), « l’amorale » cité corsaire.

Dans un passé récent, même moins belliqueuse, la césure perdure. L’Histoire réécrit les rôles. Rabat sort de l’ombre de sa rivale. Elue capitale du royaume, dynamique et élégante, elle toise Salé, la belle de la rive nord. La légende est née entre les deux rives. 

Aujourd’hui, les versants de la vallée se sont réconciliés et la légende reprend vigueur. Non plus dans les épopées mythiques de sultans bâtisseurs ou de corsaires intrépides mais au travers de projets d’aménagement visant à perpétuer une Histoire commune des plus exceptionnelles.

Repères Historiques

 

 

 

Villes de conquêtes religieuses, commerciales et maritimes.

Du Ribat fortifié par les Almohades sur la rive sud du Bou Regreg entre 1150 et 1199, utilisé comme base arrière pour la conquête de l’Espagne, il ne restait plus grand chose quatre siècles plus tard.

Délaissé par les Mérinides, rendu inutile suite à la reconquête catholique de l’Espagne, le Ribat semble voué à l’oubli. Pourtant, au début du XVIIe siècle, il acquiert une renommée qui dépasse largement ses murailles et fait trembler jusqu’aux marins de Louis XIV. Le destin des Deux Rives s’unit alors sous une forme peu commune, un Etat dont la piraterie est la raison d’être. 

C’est le départ volontaire puis l’expulsion forcée des « Moriscos » d’Espagne (descendants de Musulmans et ancêtres des actuels habitants de Rabat), suite à un décret du Roi Philippe III en 16O9, qui provoque l’arrivée massive de ceux qui seront appelés les « Andalous », dans la région. 

Attirés par la renommée commerciale de Salé, ces immigrants peu farouches s’installent dans la kasbah almohade (aujourd’hui, les Oudaïas), délaissée de longue date. Les nouveaux venus, forts de leurs richesses et d’une certaine témérité, ne tardent pas à armer des navires et à organiser d’authentiques activités de piraterie, alors appelées « courses en mer ». 

Non seulement, les pirates entendent faire fortune rapidement, mais ils souhaitent également se venger des humiliations subies en Espagne. Cette piraterie se prolongera pendant deux siècles.

Les affaires marchent tellement bien que les corsaires de Salé décident de fonder leur propre République. 

Cette « République des Deux Rives», proclamée en 1627, ne dure que quelques années très mouvementées car les tensions s’exacerbent entre les deux rives. Tant bien que mal, la piraterie se maintient jusqu’au début du XIXe siècle. Ainsi, les navires chargés de biens qui commercent entre les Indes, l’Europe et le Nouveau Monde subissent les assauts des corsaires, particulièrement rusés. Les pirates opèrent au niveau du détroit de Gibraltar et parfois en haute mer, jusqu’aux côtes britanniques voire jusqu’aux lointaines côtes de Terre Neuve. Ils s’emparent des biens et réduisent les équipages en esclavage. Les navires français, en particulier, souffrent beaucoup des activités des corsaires « Salétins ». En temps de trêve, le rachat des prisonniers s’organise pour leur épargner l’infamie de l’esclavage. Afin d’éviter de donner trop d’importance aux Corsaires, ce sont les religieux et non par les émissaires du Roi de France qui sont finalement chargés de négocier et de racheter les marins faits prisonniers à Salé. Le terme « Ribat » disparaît, on parle alors de « Salé-la-Nouvelle ».

Au cours du XVIIIe siècle, les rivalités internes et le développement de la diplomatie, mettent progressivement fin aux activités des corsaires. Ils tentent une dernière fois de restaurer la piraterie en 1827, ce qui déclenche de sérieuses répliques : des navires de guerre autrichiens bombardent les ports de Salé et de Larache, plus au Nord. La « course en mer » est devenue anachronique. 

Quand la Tribu des Oudaïas s’installe dans la kasbah en 1833, celle-ci est donc en grande partie désertée depuis plusieurs années. Mais les luttes fratricides entre les habitants des Deux Rives ont laissé des traces. A l’époque, un dicton populaire affirme : « Quand bien même l’oued serait du lait et le sable, des raisins secs, jamais un Salétin ne sera l’ami d’un R’bati ». Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts reliant les deux rives, faisant mentir le proverbe puisque les deux populations vivent aujourd’hui en parfaite harmonie.

La Tribu des Oudaïas
Originaire du Sahara, cette tribu nomade est recrutée par Moulay Ismaïl en 1677 pour composer son armée. Le Sultan en fera ses troupes à Fès et à Meknès.

 

 

 

 

 

 

La tribu des Oudaïas

Originaire du Sahara, cette tribu nomade est recrutée par Moulay Ismaïl en 1677 pour composer son armée. Le Sultan emmène ses troupes à Fès et à Meknès.

Au début des années 1830, leur indiscipline est devenue telle " ils se livrent notamment à des pillages " que le sultan Moulay Abderrahman fait arrêter leur chef et expulse la tribu des Oudaïas de l’armée.

Comme elle se révolte et menace de renverser la ville de Fès, le Sultan la disperse à travers le royaume. Une partie de la tribu s’établit alors dans la kasbah de Rabat, quasiment désertée, entre 1833 et 1844.

Premier noyau urbain de la ville de Rabat, la kasbah des Oudaïas, s’étend sur quatre hectares.

 

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